Le 03 novembre 2016
Coups de coeur

Les vêtements connectés : de l’industrie textile à la filière IOT

Nous réalisons que les sujets abordés lors de la conférence intitulée « Vêtements connectés : de l’industrie textile à la filière IOT » le 9 juin 2016 à Futur-en-Seine, reviennent très souvent au cours de nos discussions avec les professionnels du secteur. Nous y étions et souhaitons vous faire partager ces tendances qui participent à créer la mode de demain!


6011-slider-160315-4Stanislas Vandier, directeur général adjoint de Wired Beauty et coordinateur général du R3iLab, introduit la conférence des vêtements connectés.

Même si le marché du textile connecté est émergent et concerne principalement le BtoB, c’est un secteur où on a des informations et qui est identifié comme une véritable catégorie. On estime qu’il représentera un CA de 3 milliards de dollars à l’horizon 2026, avec pour secteur principal le Home & Lifestyle, suivi du médical, du sport & fitness. (chiffres issus du rapport CAGR).

Quelques verrous technologiques sont encore à résoudre. En 2011, l’enjeu était d’avoir une fibre textile qui puisse capter et transmettre la data. Aujourd’hui, les principaux points de blocage sont les connexions au sein des vêtements connectés, l’autonomie et la batterie, la récupération de l’énergie, l’entretien et le lavage. C’est pourquoi une large R&D est mise en oeuvre en amont avec les acteurs de la filière (notamment sur les technologies photovoltaïques, les encres et les impressions directes de capteur). Cette R&D est portée par les start-up, mise en œuvre par les industriels et développée par les consortiums et les grands groupes.

Le textile est une plateforme souple, un vecteur d’opportunités et permet à plusieurs domaines de se croiser.
Quand on parle de vêtements connectés c’est pour le textile, la data et l’électronique, un croi- sement de données qui jusqu’à ce jour n’avaient rien à faire ensemble. Les acteurs s’associent pour réunir data et textile afin de créer des applications proches des usages du consommateur.

A titre d’exemple, un plan du gouvernement américain de 317 millions de dollars a été voté pour réinventer l’industrie textile. Annoncé le 1er avril dernier par l’administration Obama, l’Advanced Functionnal Fabrics of America (AFFOA) a été sélectionné pour accélérer l’innovation dans les secteurs des fibres et des textiles aux États-Unis. Initié et herbergé par le MIT, l’AFFOA regroupe 32 universités, 16 sociétés privés, 72 sites industriels, 26 incubateurs de startups à travers 27 États. L’enjeu : stimuler l’innovation de rupture dans le secteur du textile en inventant la fibre du futur.

Quelques exemples de transversalités réussies : l’américain MC10 qui propose des solutions médicales digitales, le T-shirt biométrique du canadien Hexoskin, le français Primo1D qui développe un fil textile RFID. A noter également, les 10 projets issus des programmes Connectitudes et Futurss Immédiats du R3iLab.

A l’horizon 2020, le textile photovoltaïque va générer une véritable avancée.
On notera également deux sources de richesse du textile et vêtements connectés à 2020 : la connexion objets / machines, la richesse des data.

Autour de la 1ère table ronde, 4 intervenants ont parlé du e-textile et de l’innovation :

Cityzen Sciences, représentée par Gilbert Reveillon, directeur international, est une entreprise fran- çaise qui vend l’usage de sa technologie à diverses sociétés ou marques. La société vise l’international et le foisonnant marché chinois. Il souligne l’importance de la protection des brevets et la difficulté du passage à l’échelle internationale.

In&Motion, représentée par son dirigeant Pierre François tissot, se positionne comme fournisseur de technologie dont le premier objectif est la protection des skieurs. Leur produit : un gilet avec un airbag intelligent intégré, qui détecte et anayse la perte d’équilibre et réagit avant la chute. Le gilet, développé en collaboration avec l’équipe de France de ski, fonctionne jusqu’à 2 000 mètres d’altitude, à – 20°. Les objets connectés mélangent hardware et software. Les capteurs envoient 15 millidonnées par secondes. Il faut les organiser pour qu’elles soient pertinentes pour l’utilisateur. In&Motion vient de signer pour une version moto. C’est très positif car l’algorithme est enrichi par l’utilisateur : plus il y aura d’utilisateurs, plus il y aura de don- nées donc plus il sera simple d’améliorer les algorithmes.

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Le gilet intelligent de In&Motion

Emiota, représentée par son dirigeant Bertrand dupla, présente Belty Good Vibes, une ceinture connectée pour l’homme dont le but est double :
1. récupérer des informations journalières et suivre l’activité de l’utilisateur. 2. agir sur le stress et la respiration grâce à un moteur intégré qui émet des vibrations pour accélérer la cadence si l’utilisateur veut être plus actif, ou amplifier la respiration ventrale pour respirer plus tranquillement.

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La ceinture connectée de Emiota

Wired Beauty, représentée par la chef de projet R&D Célia Corsin, pour Héliosense, le 1er dispositif tex- tile connecté qui permet le suivi des UV. La plupart des trackeurs UV se basent sur la captation de la lumière. Ici, la technologie combine capteurs et cartes multi-orientations pour mesurer en temps réel UVA et UVB, donner un indice UV entre 1 et 15, et calculer la dose d’UV récupérée dans la journée. C’est un accessoire discret, pratique de part sa souplesse et qui résiste à l’eau, la technique d’assemblage est sans coupure. Le projet devrait être lancé l’année prochaine pour moins de 90 euros.

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Les verrous technologiques:
La batterie, la consommation d’énergie par rapport aux flux de données reçus, le passage à l’échelle, la miniaturisation, les connexions entre les différents supports, la rigidité de l’électronique

Les concurrents sur le marché:
Des méga structures comme Google et des start-up très innovantes qui réussissent d’importantes levées de fonds. Il y a une difficulté liée à la création de marque par rapport aux caractéristiques régionales (il est plus difficile de vendre aux 360 000 millions d’européens qu’aux USA). L’ubérisation de l’économie modifie les échanges commerciaux traditionnels et la blockchain vient même hacker les start-up.

La distibution sur les approches BtoB, BtoC et les objets connectés :
Il y a des ventes mais elles doivent être accompagnées par des experts, ce qui implique un grand besoin d’évangélisation. On a toujours besoin d’être derrière pour expliquer le produit, pour être sûr qu’il soit bien pris en main sur toute la chaîne de valeur. Voilà pourquoi la distribution est encore consommatrice de marge.


2ème table ronde avec Françoise Mamert et Clémentine Chambon, Design Percept
:

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Flow Tunic– Prototype F1

Clémentine Chambon et Françoise Mamert se sont rencontrées en 2004, les deux designers ont crée l’agence Design Percept en 2008. Elles présentent ici le résultat du concours EDF sharing energy in the city 2030, sur la création d’un vêtement thermique et cinétique. Elles ont travaillé avec Vitruvian, designer d’interface qui conçoit des vêtements générateurs d’énergie.

A l’occasion de leur première présentation (le projet était d’associer une structure photovoltaïque avec une passementerie lumineuse), les 2 designers se sont rendues compte de la nécessité de faire sauter les bar- rières avec les ingénieurs et les chercheurs, qui réalisent des schémas pour comprendre les difficultés. Ici, le but était de réunir les imaginaires dans un brainstorming créatif pour définir comment et dans quelle mesure l’énergie peut être captée. Il est fondamental que les ingénieurs n’aient pas envie de concevoir leur design tous seuls.

Le 1er enjeu était de créer un vêtement connecté qui puisse être porté en dehors d’un usage sportif. La robe est faite pour le quotidien, aujourd’hui le textile connecté rime souvent avec sport, ici c’est un vêtement urbain. Le 2ème enjeu était d’avoir une technologie suffisamment intégrée et souple pour être désirable et donc d’associer les compétences avec succès. Il faut toujours s‘accompagner les uns les autres car la technoloige marche en même temps que le design et la création. C’est parfois très simple de se comprendre explique Françoise Mamert : « quand le dialogue est trop confus, on prend son rouleau de scotch et on fait un proto. Quand les échanges de mails deviennent fleuves, on prend un billet de train et on se déplace ». Les principaux blocages ont été l’aspect éphémère de l’impression textile, le sourcing du bon circuit pour booster les échanges thermiques, l’inclusion des panneaux photovoltaiques qui intègre la dimension mode.
Le thème du camouflage a été l’obsession du projet pour pouvoir totalement intégrer la technologie dans le vêtement. Le motif est noir car il permet de cacher les connectiques. Aorès une importante recherche, tout a été découpé au laser car l’idée était de répartir toutes les cellules sur la surface et le vêtement. La confection a été réalisée en 15 jours. Le projet n’est pas commercialisable car il n’est pas lavable.
L’accueil du projet a été excellent à l’Exposition Universelle de Milan et au Digifest de Toronto.

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Vitruvian Project

3ème table ronde 
avec  Florence Bost, designer spécialisée dans l’intégration des nouvelles technologies dans le textile, Lucas Delattre, professeur à L’IFM et Yann Rivoallan, Fondateur de

The Other Store:

La mode appréhende le potentiel du vêtement connecté :
La technologie s’intéresse t-elle plus à la mode que la mode ne s’intéresse à la technologie ? Est-ce-que la valeur ajoutée sera plutôt du côté mode ou de la technologie ? Le marché du vêtement connecté est un marché BtoB, un marché encore lilliputien.
Yann Rivoallan prend en exemple le téléphone, c’est l’un des premiers outils qu’on regarde le matin et le soir. Le e-commerce est l’endroit où il y a le plus de contenu à acheter. Amazon a plus de visites en une heure que la défense n’en a sur un an. Le challenge est d’avoir un prix unique.

La part de la mode dans le commerce, ce qui va nous faire acheter un vêtement : plutôt la technologie ou le design ?: 
La technologie prime sur le design dans des cas médicaux. Mais on achète d’abord parce que l’objet est beau donc le design prime sur la technologie.
Dans les projets connectés et e-textile, à partir du moment où on crée un produit on fait du design produit et cela peut faire peur à la mode car on peut perdre un certain savoir-faire. Mais la nouvelle génération des designers mode est demandeuse et souhaite une ouverture.
Dans la mode il faut que tout soit parfait comme un bijou. Quand on créé un vêtement, tout est choisi avec une extrême minutie. La technologie fait peur parce qu’elle est compliquée, qu’il faut aller plus loin. La recherche coûte cher, il faut trouver d’autres partenaires, entreprises. Tout cela prend du temps mais les choses se mettent en place au fur et à mesure, surtout dans le domaine du sport car les matières sont différentes, il y a moins de contraintes. Donc je pense que la réponse à cette question est encore floue aujourd’hui.

La sécurité des données:
Le marché est entrain de changer, les communautés qui s’organisent, comme Cap Digital qui propose aux porteurs de projet de commencer par gagner de l’argent entre eux et facilitent les contacts. La déontologie peut limiter mais c’est important dans le monde des datas.
Le marché des vêtements connectés permet de récupérer beaucoup de data et donc de gagner de l’argent pas seulement à travers la vente du produit; Facebook ne gagne pas d’argent en faisant de la techno mais en faisant de la data.

La problématique sur le recyclage des vêtements connecté :
Le versioning complique énormément. Le recyclage ici, c’est la prolongation de la vie du produit. L’électronique apporte des solutions par rapport aux ressources naturelles, par exemple on pourrait concevoir produit qui permette de protéger les circuits électroniques tout en les lavant.
Toute fois, on est bien forcés de constater que lorsqu’une technologie est cassée, on la jette facilement. Pour l’instant, le marché de seconde main semble compliqué mais la location de vêtement pourrait occuper ce marché.

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« Dialogue au crépuscule » Florence Bost – Sable Chaud

Le marché est-il prêt pour les vêtements connectés ?

Une étude du R3iLab a permis de mettre en avant le fait que les jeunes ne font pas la différence entre objets et objets connectés ; pour eux un objet connecté est un objet comme un autre. Le marché du textile est donc potentiellement prêt pour laisser place aux vêtements connectés.

Toutes les présentations sont sur le compte Slideshare de Living Things