Les savoir-faire liés aux parfums en pays de Grasse inscrits au patrimoine de la France

Le 23 avril dernier, le Comité du Patrimoine ethnologique et immatériel du Ministère de la Culture et de la Communication a inscrit à l’inventaire du Patrimoine français, une activité qui a fait la renommée de la Côte d’Azur : les savoir-faire liés au parfum en Pays de Grasse, et associés à la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières première naturelles et leur transformation, l’art de composer un parfum.

La Côte d’Azur a su lier, pendant des siècles, son destin aux fleurs. Il y a à peine 50 ans les grandes serres de la floriculture occupaient encore tout le Nord d’Antibes, Nice était réputée pour ses œillets et son marché aux fleurs, mais la palme revenait, sans conteste, aux champs de plantes aromatiques de la ville de Grasse et à ses hautes spécialités de parfums et de fragrances. Qui peut, aujourd’hui, percevoir ce lien authentique entre la Provence méditerranéenne et les fleurs?

Récolte en pays de Grasse

Récolte en pays de Grasse

C’est l’industrie du cuir azuréenne qui sera la première à utiliser les plantes aromatiques locales, comme le lentisque et le myrte, pour leurs propriétés tanniques (Projet Phénix Bioarchive). Au Moyen-Age, la mode des gants parfumés poussera les artisans à utiliser les arômes de fleurs, roses et jasmins notamment. L’alambic, inventé par les arabes, va apporter une innovation majeure : l’huile essentielle qui, associée à l’enfleurage à froid (une invention azuréenne) va considérablement favoriser l’éclosion des industries du parfum dans l’arrière pays et tout particulièrement à Grasse. Cette activité associée à la culture des plantes à parfum va connaitre un tel succès qu’elle deviendra vite dévoreuse d’espaces au XIX° siècle : fleurs d’orangers, roses, jasmins, violettes, tubéreuses, résédas, jonquilles et bien d’autres, seront produits parfois en milliers de tonnes dans la région. Le paysage moderne sera façonné par cette culture à grande échelle et participera, esthétiquement, au développement de la villégiature qui, peu à peu, à coups de villas et de jardins d’agréments grignotera l’espace alloué aux fleurs et plantes à parfum. (Les deux n’étant pas incompatibles, à l’instar de Christian Dior qui grâce au jardin de sa villa grassoise, la Colle Noire, et les techniques locales de fragrances deviendra parfumeur avec le succès que l’on sait).

Jean-Marie Ghibaudo spécialiste des matières premières et de leur transformation

Saluons et fêtons, donc, le 8 juillet, l’action de l’Association Patrimoine Vivant du Pays de Grasse qui a su porter cette inscription indispensable au Patrimoine de la France et qui annoncera son intention de créer une chaire UNESCO consacrée aux savoir-faire liés au parfum en pays de Grasse et soutenir activement la candidature au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité. Pour plus d’information suivez : www.patrimoinevivant-paysdegrasse.fr

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