Expos textile 1/4 : Au fil du siècle à la Galerie des Gobelins, jusqu’au 4 novembre.

2018 semble être une année artistique consacrée à la fibre, au fil et au textile. C’est l’exposition Sheila Hicks qui a eu lieu de février à avril 2018 au Centre Georges Pompidou qui a ouvert le bal. On avait noté en janvier déjà , que le Grand Prix de la Ville de Paris Métier d’Art Confirmé était remis à Simone Pheulpin, autre artiste du textile. Depuis le printemps, ce n’est pas moins de 4 expositions sur le sujet que nous avons pu visiter, nous avons décidé d’en faire une mini-série dont voici le premier épisode.

Quoi de mieux pour commencer que « Au fil du siècle, 1918-2018, Chefs-d’oeuvre de la tapisserie » à la Galerie des Gobelins, un panorama étonnant des chefs-d’œuvre tissés dans les Manufactures des Gobelins, de Beauvais, de la Savonnerie et d’Aubusson  pendant ces 100 ans et qui présentent une illustration parfaite des métamorphoses artistiques qui ont eu lieu depuis 1918.

Selon un parcours chrono-thématique, l’exposition réunissant tapisseries, tapis, cartons et mobilier se développe selon 8 chapitres.

L’immédiate après-guerre est le temps des commémorations où persiste la figuration parfois accentuée dramatiquement par une chatoyante palette de couleurs comme dan La Mobilisation de Louis Anquetin. Si les batailles et les exploits guerriers sont des sujets connus en textile, l’apparition des armes contemporaines sur les tapisseries étonne et frappe les esprits comme dans le mobilier de Robert Bonfils pour le salon dit de la Guerre.

Louis Anquetin, La Mobilisation – ©RE ACTIVE

La représentation du monde et l’exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925. Les manufactures nationales de tapisseries ont reçu une place d’honneur au sein du Grand Palais. L’exotisme ambiant amené par les bataillons des lointaines colonies venues combattre en France, témoignant d’un ailleurs fantasmé, chimérique, aux motifs inspirés des folklores locaux mais totalement revus par une esthétique propre à plaire aux métropolitains.

L’Exposition Internationale des Arts et des Techniques appliqués à la vie Moderne de 1937 met les manufactures à l’honneur. La manufacture des Gobelins y a eu un pavillon dédié, reflet de sa politique commerciale de la manufacture : pièces de dimensions moyennes et simplification des motifs tissés et appel à des artistes spécialiste du décor mural, la Charmante Egolgue de Jules Flandrin et ses teintes toutes douces en est un exemple.

La « renaissance » de la tapisserie à partir de la fin des années 1930 portée la volonté de jeunes artistes (Raoul Dufy, Jean Lurçat, Marcel Grommaire…) et des galeristes afin de donner un souffle nouveau à la tapisserie. L’objectif n’est plus d’imiter la peinture mais de créer des œuvres pensées dès l’origine comme des tapisseries avec une simplification des formes, à une réduction du nombre de couleurs et à l’adoption d’un tissage plus gros permettant de jouer sur des contrastes forts. Une tapisserie de décor à mettre dans son salon, en somme.

Leonetto Cappiello, Primavera – ©Mobilier National

Les manufactures sous l’Occupation : Beauvais bombardé, liciers prisonniers, tissages suspendus, pénurie de matières premières etc. En 1941, le maréchal Pétain ordonne l’exécution d’une tapisserie, assez étonnante, à sa gloire (Paul Charlemagne, Hommage à Pétain, 1942-43) sans compter les commandes de l’occupant nazi (seules deux tapisseries sur quatre seront achevées à la sortie de la guerre). Bravo pour ne pas avoir occulté le sujet.

Tisser les modernes : de la figuration à l’abstraction. Un nouveau mouvement apparait, dans le but de faire collaborer liciers et artistes sur des projets spécifiquement conçus pour être tissés. Des artistes de renom sont contactés (Matisse, Picasso, Le Corbusier) en 1946, afin de représenter en textile les avant-gardes modernes, où apparait l’abstraction. Un autre forme de tableau qui fait la part belle aux techniques : celles de la peinture et du dessin magnifiées par celles de la tapisserie.

Le Corbusier, Canapé II – ©RE ACTIVE

 

Abstractions ou la poésie du geste. Dès la fin des années 1950, sont ainsi transposées en tapisseries les oeuvres d’artistes de l’abstraction française. Les artistes cherchent désormais l’émotion rendue par la peinture, la matière et la couleur en redonnant à la tapisserie sa fonction décorative. L’art cinétique, l’art optique ou encore op art est un art qui se métamorphose sous l’oeil du spectateur trouve également une application dans la tapisserie.

Hans Hartung, P 1967 – 109 – ©Mobilier National

Expérimentations. Malgré la remise en question de son incapacité à se déployer dans l’espace, à partir des années 1970, la tapisserie a su s’adapter grâce à la création d’un atelier de recherche au sein des manufactures nationales intégrant l’usage de matériaux nouveaux, naturels ou synthétiques permettant découpes, creux ou formes arrondies, comme Murlux de Nicolas Schöffer où des tubes de plastiques rétroéclairés annoncent le tissages des fibres optiques. Tout en maintenant un savoir-faire multiséculaire, les manufactures s’ouvrent à des nouvelles technologies et ouvrent leurs ateliers à une très grande variété d’artistes de renom : Louis Bourgeois, Carole Benzaken, François Morellet, Alain Séchas…

Nicolas Schöffer, Murlux – ©Mobilier National

Un tour d’horizon des bouleversements stylistiques et artistiques d’un siècle passé, synthétique et à taille humaine. A ne pas manquer !

Mobilier national