Expo textile 4/4 « Tissage / Tressage… quand la sculpture défile » à la Fondation Villa Datris,du 19 mai au 1er novembre.

Si l’exposition du CAC Meymac portait dans son titre les éléments qui composent un textile : des fils et des fibres, la Fondation Villa Datris de l’Isle-sur-la-Sorgue a choisi d’axer sa 8ème exposition par des savoir-faire textile : « Tissage / Tressage… quand la sculpture défile ».  Une évocation de la main de l’homme qui assemble des éléments pour donner forme à la représentation de son esprit artistique.

Depuis 2011, les projets conçus et exposés à la Villa Datris, grâce à Danièle Kapel-Marcovici et Tristan Fourtine, explorent différents modes d’expression de la sculpture contemporaine  à l’intérieur et dans les jardins, dans le cadre intime et convivial d’une villa vauclusienne typique. 106 œuvres de 74 artistes évoquent les gestes et techniques pour donner ainsi du relief à la matière textile à la base formatée dans ses deux dimensions. Puiser dans les pratiques ancestrales et universelles du textile permet aux artistes de conforter l’urgence du contemporain à la patience nécessaire au tissage ou tressage, des pratiques au cœur de la notion d’artefact, et de bousculer l’association des gestes au genre : broderie pour la femme, haute lice pour l’homme, par exemple.

L’exposition explore ainsi librement la métamorphose du fil, du lien, du tressage et du nœud. Suivons la trame de nos sensations pour faire le tour de la manifestation en quelques œuvres.

Dans la villa :

Juste pour sa place dans l’histoire du textile et la beauté, la tapisserie L’automne de Sonia Delaunay. L’artiste pionnière des années 20 s’approprie les savoir-faire traditionnels (gestuelles, techniques, couleurs, textures) dans un style unique assemblant le textile et la décoration intérieure  dans une réflexion artistique et abstraite.

Sonia Delaunay, Automne, 1970 ©Fondation Villa Datris

Les Standing stones, de l’artiste anglaise Judy Tadman, incorporent fils et cordes sous une forme géométrique grâce à une technique qui lui est propre, recréant des formes naturelles.

Judy Tadman, Standing Stone, 2010 ©Fondation Villa Datris

 

La nature toujours, douce et capiteuse des forêts argentines avec Standing Locus Amoenus d’Alexandra Kehayoglou, l’artiste qui crée des tapis en trois dimensions. Désert, prairies, glaciers dont les motifs deviennent sol ou horizon chahutent les perspectives.

 

Alexandra Kehayoglou, Standing Locus Amoenus, 2016 ©Frank Couvreur

Les Soundsuit de l’excellent Nick Cave artiste américain  qui mêle mouvements, danses, sons et textiles dans un joyeuse parade. Ses « vêtements-costumes », les « Soundsuits », qui une fois enfilés donnent l’allure de créatures étranges, un peu tribales, un peu folles et toujours exubérantes, mais qui dissimulent le genre, la race, la classe, nous obligent à regarder sans jugement.

Nick Cave, Soundsuit, 2011 ©Fondation Villa Datris

Laine d’acier, fil de cupron et encre de gravure compose l’œuvre de la française Anne Laval , Paysage de poussière, proche d’un non-tissé. Entre mousseline de rebus, illustration d’idées noires ou cumulus d’orage, ce nuage se révèle Esprit dans la nomenclature du travail de l’artiste.

Anne Laval, Paysage de Poussière, 2012 ©Frank Couvreur,

A l’extérieur de la Villa, la démonstration se fait moins subtile avec des pièces massives et plus strictes, proche du land art dont parfois la présence laisse pantois comme le Sans titre d’Olivier Bartoletti qualifié dans le catalogue de grille « tissée » abstraite en coton-tiges, cure dents et fil de pêche, loin du tressage, tissage (et nouage), mais qui ne manque pas de charme cependant.

Olivier Bartoletti, Sans titre, 2018 ©Frank Couvreur

Mais ne boudons pas notre plaisir car la visite recèle de très nombreuses satisfactions comme les œuvres de El Anatsui, Ifeoma Anyaeji, Raymonde Arcier, Rina Banerjie, Jagoda Buic, Cécile Dachary, Annette Messager, Simone Pheulpin – Grand Prix de la Ville de Paris 2018 – et Patrick Saytour, sans oublier la performance La Veglia de Romina de Novellis, commune à l’exposition du CAC Meymac, qui renvoie à la citation d’Oscar Wilde en exergue du dossier de presse, parfaite comme point final à notre voyage en terre d’art textile :

« Il essayait de rassembler les fils écarlates de sa vie
et d’en tisser un motif, de trouver son chemin dans le
labyrinthe excitant de la passion où il errait. »
Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, 1890

 

L’exposition à la Fondation Villa Datris