Expo textile 3/4 – De fils ou de fibres au CAC Meymac, travaux d’artistes jusqu’au 14 octobre.

Il y a, un peu perdu en Corrèze, un centre d’art contemporain, au pouvoir d’attraction « addictif » : il s’agit du CAC de Meymac dont les expositions, parfois arides, sont toujours inattendues et incomparables. Dès la proximité de la région atteinte, nos pas nous mènent aussi souvent que possible à l’Abbaye Saint-André qui héberge le Centre. L’exposition estivale – De fils ou de fibres – présente une sélection étonnante d’œuvres d’une cinquantaine d’artistes jouant les sautes frontière art/arts appliqués et n’hésitant pas à mettre les mains dans des matériaux et techniques vernaculaires.

Longtemps, le tricot, la broderie, le patchwork, et les autres techniques de tissage étaient considérées comme relevant de l’activité dite féminine, peu valorisée par l’art. Au début du XXème siècle, les artistes d’avant-garde employaient ses techniques à côté de leur production principale. Désormais, inspirant les artistes masculins comme féminins, ces dernières revendiquent même leur utilisation du fil dont la matière peut aller du naturel au plastique en passant par le fil de fer, travaillée comme le fil « classique ». La vidéo Veglia de Romina de Novelis, inspirée de Pénélope, dans la dernière salle de l’exposition aurait d’ailleurs mérité d’avoir plutôt le rôle d’entrée en matière.

A travers un parcours guidé par la forme, le couleur et la texture, les visiteurs découvrent au fil des salles les thématique de la nature, des masques/sculptures, des noeuds, de la musique, de la mort, des vêtements/textiles et du temps… sous des formes allant du tableau en trois dimensions aux installations impressionnantes, de la tapisserie aux voilages en passant par les désormais incontournables vidéos.

Un mois après la visite, le filtre de notre mémoire a retenu :

Le pop art & craft de Suzanne Husky fait toujours mouche.  Forest, 2010, réalisée à partir de chiffons, cette installation poétique et féérique fait écho à la destruction et au gaspillage des fils et des fibres opérés par notre civilisation.

©Meymac

 

Kun Kang, Monsieur. K, et Sans titre (tête), 2017 : des autoportraits d’une précision admirable mêlant résine, fils, laines, verres, perles et aiguilles. Un moyen pour l’artiste d’exorciser ses maux en affligeant des blessures / piqures à sa propre représentation.

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Fritz Panzer, Klavier intégral Nam June Paik et Prenning Sessel (photo) : ces sculptures aux formes familières en fil de fer dépassent de leur « cadre » et vibrent sous l’effet des mouvements de l’air ou des pas du visiteur. Comme autant d’objets abandonnés livrés aux forces poétiques de la nature et du temps.

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Cécile Dachary, Les mains liées (et non coupées), 2006 : cet ensemble de 35 paires de mains (de marionnettes ?)  cousues réalisées à partir de tissus usés et teints montre l’intérêt de l’artiste pour l’assemblage des textures. Corps/textile en particulier.

Cécile Dachary, « Les mains liées », 2006, Hauteur 65 cm, ensemble de 35 paires de mains cousues. ©Courtesy de l’artiste

 

Pascal Monteil, Llanto por la Monja Gitana, 2016 : dans cette extraordinaire toile de lin brodée de laine, l’artiste mélange les cultures de l’orient et de l’occident pour raconter la mort d’une gitane comme une tapisserie de Bayeux expressionniste.

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Hervé Bohnert, Et soudain, 2010-2012 : inspirée par la grande faucheuse et les pêcheurs aux corps décharnés , cette installation qui renvoie aux entassements obsessionnels des ossuaires donne au textile le rôle de révélateur : la toile à matelas évoque le lit de mort et la dentelle donne aux crânes un statut de reliques de la Renaissance.

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Hannah de Corte, 38°, 2017 : une couverture teintée à la bétadine, un antiseptique au départ, montre l’usage inattendu d’un produit médicale dans la teinture d’une couverture en conservant les traces de l’interaction avec le corps. Comme un suaire imprimé de la cause et de la guérison d’une blessure.

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Simon Callery, Yellow Flat Painting, 2018 (photo) ; Step Yellow and Orange Wallspine, 2018 ; Foot-Neck Wallspine, 2012-2013 (photo) : de la peinture plane faite avec du volume, l’artiste nomme ses œuvres ironiquement des « flat paintings », des peintures plates. Des tableaux monochromes, exécuté avec de la toile épaisse pliée qui interroge sur leur états, est-ce une toile rangée, abandonnée qui attend un nouvel usage ou l’usage n’est-il pas d’être une œuvre à contempler ?

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Quentin Vaulot et Goliath Dyèvre, Nouvelles verdures d’Aubusson, 2013 : Sont mêlées ici deux techniques traditionnelles du Limousin. La tapisserie de la Manufacture d’Aubusson au motif classique de verdure s’intensifie au contacts de formes en céramique comme autant d’outils fertilisants.

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A l’Abbaye Saint-André, l’exposition regorge d’ artistes du monde entier, offrant un panel riche d’interprétations et d’applications possibles du textile dans l’art. A Meymac, le fil et la fibre n’ont pas fini de tisser leur histoire artistique !